Teruel (décembre 1937) : Différence entre versions

De Encyclopédie : Brigades Internationales,volontaires français et immigrés en Espagne (1936-1939)
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Après la « Campagne du Nord » et la conquête  de toute cette partie de l'Espagne, les forces rebelles se disposaient à entreprendre une nouvelle attaque sur Madrid. Le gouvernement républicain en ayant été informée, lance une formidable attaque sur Teruel.
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Après la « Campagne du Nord » et la conquête  de toute cette partie de l'Espagne, les forces rebelles se disposaient à entreprendre une nouvelle attaque sur Madrid. Le gouvernement républicain en ayant été informé, lance une formidable attaque sur Teruel.
  
  
 
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LA 2ème BATAILLE DE TERUEL – du 15 décembre 1937 au 22 févier 1938
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par Thadée OPPMAN, Chef d'Etat-Major de la 35e Division aux côtés du Général WALTER pendant la bataille
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Après les batailles d’été, la 35e et la 45e Divisions, composées chacune de 2 Brigades Internationales et d’une brigade espagnole, ont été retirées des lignes et affectées comme réserve générale du front d’Aragon.
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A partir du mois d’octobre, la 35e Division reste stationnée dans la région de Granen, au sud-ouest de Huesca, la 45e plus au nord près de Barbastro.
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Les brigades sont renforcées par des recrues espagnoles et par des renforts composés d’internationaux envoyés par la base d’Albacete.
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C’est la période de réorganisation qui doit permettre aux brigades d’augmenter leur capacité de combat.
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Fin octobre les Asturies, dernier renfort de résistance républicain dans le Nord, tombent sous les coups concentrés du corps expéditionnaire italien et des troupes d’élite de FRANCO. FRANCO libère ainsi 250 bataillons, une réserve importante d’artillerie et la totalité des chars italiens qu’il pourra utiliser pour une attaque décisive.
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On se rendra compte de l’importance des forces rendues disponibles si l’on sait que, d’après les historiens franquistes au moment de la bataille de Teruel, la totalité des bataillons dont disposaient les fascistes pour l’ensemble de leur armée étaient de 650.
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En se servant de ces réserves importantes, FRANCO prépare une attaque contre Madrid en se proposant de répéter l’opération par le front de Guadalajara lamentablement échouée en février. Il concentre 3 corps d’armée italiens, VARELA et YAGUE dans la région de Catalayud. C’est pour empêcher cette offensive dangereuse pour le sort de Madrid que le Commandement républicain décide de déclencher l’opération de Teruel afin d’obliger les fascistes à accepter la bataille sur un terrain choisi par lui-même.
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Des forces importantes fournies partiellement par l’Armée du Levant, partiellement par l’Armée de Manœuvre sont concentrées autour de Teruel sans que les fascistes s’en rendent compte.
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Le 15 décembre au matin, l’offensive est déclenchée. Pour suivre le déroulement de la bataille, il est utile de décrire en quelques mots le terrain sur lequel elle va avoir lieu.
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Teruel est situé sur une haute colline, au confluent de 2 rivières : le rio Tura et le rio Alfambra, le rio Tura formant au nord de Teruel une vallée large d’une dizaine de kilomètres. La ville est entourée de montagnes, de hauts plateaux ; au sud-ouest, elle est dominée par le Muela de Teruel, au sud-est par le Mansueto. Une série de cerros (collines) sépare la vallée de Turia de celle d’Alfambra, notamment El Muleton, Alto de las Celadas, la Sierre Gorda, et plus au nord le Massif de Sierra Palomera.
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La bataille se déroulera sur ce terrain mouvementé en 5 phases successives, séparées chacune par une courte période d’accalmie.
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Les Brigades Internationales, notamment la 35e Division dont font partie les XIe et XVe B.I., n’auront pris part qu’aux 2ème et 3èmephases de ces opérations, c’est-à-dire lors des contre-offensives fascistes. Elles n’auront pas participé à la partie offensive qui aboutit à la prise de la ville. C’est pourquoi dans cette courte description de la bataille nous ne donnerons qu’un aperçu succinct des opérations auxquelles les internationaux n’ont pas participé.
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L’attaque contre Teruel déclenchée le 15 décembre au matin progressera rapidement. Le 19 a matin, toutes les hauteurs protégeant Teruel se trouvent entre les mains de l’Armée républicaine. Dans la plaine de Turia, les brigades venant de l’est et celles descendant du Muela de Teruel font leur jonction à Los Morrones, isolant complètement la ville, et établissant une ligne de défense passant au nord des villages de Samblas et de Caude. Simultanément, d’autres brigades entrent dans la ville où la garnison fasciste s’enferme dans les bâtiments de la Banque d’Espagne, de la Commancia Militar et du Séminaire transformés en points de résistance d’où elle se défendra pendant 18 jours, jusqu’à la capitulation qui intervient le 7 janvier quand, encerclés, les fascistes se rendent compte que la contre-offensive franquiste qui devait les libérer a complètement échoué.
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Le but de la manœuvre républicaine a été atteint. FRANCO abandonne son offensive contre Madrid et lance toutes ses forces de réserve sur le front de Teruel. Le Commandement républicain amène aussi des renforts.
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En prévision de la bataille qu’il prépare, l’Etat-Major républicain a déplacé dès novembre la 35e Division dans la région d’Alcaniz pour la rapprocher du futur champ d’opérations. De là, pendant que la bataille à l’intérieur de la ville même continue, la 35e Division est amenée à pied d’œuvre pour prendre position sur un front allant de l’ouest de Concud jusqu’à l’Alto de las Celadas. Les conditions atmosphériques sont extrêmement difficiles. Le froid est exceptionnel, même pour cette région des hauts plateaux. Fin décembre et début janvier, presque toutes les nuits, le thermomètre descend au-dessous de -20°. Le terrain est gelé, rendant le creusement des tranchées très difficile, presque impossible. Pendant cette phase de la bataille, les brigades subiront des pertes provoquées par le froid presque aussi fortes que celles résultant des combats. Certains jours, la neige rend toutes communications impossibles et les combattants des premières lignes se trouvent isolés.
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La contre-offensive fasciste que nos combattants attendent avec sérénité se déclenche rapidement. Dès leur arrivée, les premières divisions franquistes –la 84e et la 62e- sont lancées contre les positions dans la plaine de Turia. Leur attaque échoue complètement et elles se trouvent presque anéanties. Cette première tentative mal préparée ne correspondait qu’à un désir de FRANCO d’intervenir au plus tôt pour porter secours au Colonel REY d’HARCOURT enfermé dans Teruel.
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La vraie grande contre-offensive commencera un peu plus tard, cette fois-ci avec des forces extrêmement importantes, composées de 4 corps d’armée, dirigées pour le secteur ouest par le Général VARELA, pour le secteur est par le Général ARANDA.
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C’est contre l’armé ARANDA que combattront les Brigades Internationales et notamment contre les corps d’armée de Castille et de Galice.
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L’offensive débute le 29 décembre au matin par une attaque frontale par la plaine de Turia avec comme objectifs : déborder Teruel à l‘ouest par la Muela, à l’est par El Mansueto. A l’ouest, les fascistes progressent. Sous le tir concentré de l’artillerie fasciste et devant la supériorité des forces attaquantes en infanterie, les brigades qui défendent San Blas, après une résistance acharnée qui coûte des pertes terribles aux fascistes, commencent à reculer. Les avant-postes franquistes arrivent jusqu’’au sommet de la Muela et ne sont plus qu’à 1 km de la ville. Mais sur le front de la 35e Division, ARANDA reste stoppé. Une première avance insignifiante lui permet d’occuper Caude. La XIe Brigade Internationale défend héroïquement Concud.
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Dans la journée du 29 décembre, 5 attaques consécutives, préparées chacune par un tir violent d’artillerie sont repoussées, et Concud, quoique débordée par l’ouest, tient toujours. Le lendemain, les attaques reprennent avec une nouvelle violence. Le 31, ARANDA lance de nouvelles unités dans la bataille. Après une défense acharnée, les troupes républicaines se retirent de Senblas devant la menace d’encerclement et ce village tombe dans la soirée, mais toutes les attaques contre Concud sont de nouveau repoussées par la XIe Brigade internationale. Le fait que les fascistes, dans leur hâte à dégager Teruel, ont réduit leur front d’attaque, aide puissamment le bataillon défendant Concud qui peut recevoir l’appui de feu du bataillon occupant les positions en avant des hauteurs de El Muleton.
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Cet échec de ARANDA sur le flanc droit empêche VARELA de continuer ses attaques. Arrivées tout près de l’objectif ses troupes sont obligées de stopper, alors que la position des républicains sur La Muela et devant les faubourgs ouest de Teruel devenait de plus en plus difficile.
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La première contre-offensive fasciste se trouve brisée. Au 1er janvier, les fascistes n’attaquent plus.
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Dans les quelques jours qui suivent, le corps de Galice entreprend encore quelques tentatives contre le flanc droit de la défense républicaine, notamment contre l’Alto de las Celadas et El Muleton, défendus par des unités des XIe et XVe Brigades Internationales. Mais le corps de Galice, fortement éprouvé, attaque mollement et n’obtient aucun résultat.
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Dans cette seconde phase de la bataille de Teruel, il n’est pas exagéré de dire que par leur défense de Concud, les internationaux ont largement participé à la victoire.
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Une période de calme s’établit sur le front mais c’est le calme avant la tempête.
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FRANCO concentre tous les moyens techniques à sa disposition et il reçoit d’Allemagne et d’Italie des arrivages de matériel extrêmement puissant, surtout en aviation. Toute l’artillerie du corps expéditionnaire italien est dirigée sur le front de Teruel.
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L’historien fasciste de la guerre d’Espagne, AZNAR, écrit que les forces nationales ont réalisé pour cette offensive la plus forte concentration d’artillerie depuis le début de la guerre. Près de 400 avions italiens sont concentrés sur les aérodromes d’Aragon.
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Le commandement fasciste s’est rendu compte qu’il lui faudra élargir le front de bataille et qu’avant toute attaque par la plaine de Turia, il faut qu’il s’assure de la domination des hauteurs séparant la vallée de Turia du rio Alfambra. C’est contre ce secteur, tenu par la 35e Division, que se déchainera toute la puissance des réserves fascistes. Un corps d’armée, appuyé par l’artillerie et l’aviation italienne, sera lancé contre ces positions occupées par la 35e Division, c’est-à-dire 3 brigades dont 3 internationales et la 32e brigade espagnole, appuyés par un seul groupement d’artillerie.
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Pendant cette 3e phase d’opération, le temps est beau, ce qui permet aux fascistes d’utiliser au maximum leur aviation qui rend impossible toute communication entre les bataillons engagés en première ligne et l’arrière, coupant toute circulation sur les routes et soumet les positions des brigades au pilonnage intense.
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Dès la première journée, le succès de l’attaque fasciste est manifeste. L’Alto de les Celadas est enlevé, mais la position clé –la montagne d’El Muleton-, tient toujours et tiendra encore la 2ème journée. Le 3ème jour de l’attaque les fascistes arrivent à contourner El Muleton par le sud-est et occupent la station de chemin de fer de Ojos Negros. Plus au nord, leurs avant-gardes descendent des hauteurs jusqu’à la vallée d’Alfambra qui n’est plus protégée que par de petites hauteurs dominant la route qui longe l’Alfambra par la rive droite. Mais c’est seulement le 4ème jour que le bataillon de la XIe Brigade qui défend El Muleton est obligé de l’évacuer, menacé d’encerclement et devant la violence des attaques venant du sud-ouest exécutées par des forces plusieurs fois supérieures. Dans la soirée du 4ème jour, la 35e Division est rejetée sur les hauteurs dominant l’Alfambra à l’est et les avant-gardes fascistes commencent à traverser la rivière, occupant le village de Tortejada où, à peine quelques heures plus tôt, se trouvait encore le poste de commandement de la 35e Division. Les pertes que la Division a subi pendant les 2 contre-offensives franquistes sont fortes, car elle a eu à soutenir des combats contre un matériel puissant et des masses d’hommes plusieurs fois supérieures, ne disposant que de ses propres moyens sans appui d’autre artillerie que l’artillerie divisionnaire, et sans être protégée par l’aviation républicaine, impuissante devant l’accumulation de l’aviation italienne.
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Le commandement républicain se rend compte de l’épuisement des Brigades internationales qui ont participé à la bataille, et malgré le sérieux de la situation, décide de les relever.
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Pour la 35e Division, c’est-à-dire les XIe et XVe Brigades internationales, la participation à la bataille de Teruel est terminée. Elles sont repliées au-delà de Corbalan et dirigées ensuite sur la station de Puerto de Escanden, d’où elles s’embarqueront pour une nouvelle destination, dans la région de Hijar, où elles seront rejointes par la XIIIe Brigade composée de Polonais.
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On connaît l’issue de la bataille. Dans une 4ème phase, avec 4 corps d’armée fascistes car le corps marocain du Général YAGUE et le corps MONASTERIO seront venus renforcer le dispositif fasciste, FRANCO réussit à enlever la sierra Palomera et aligne le front tout le long du rio Alfambra jusqu’à Perales et au-delà jusqu’à Vivel del Rio.
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Cette phase de la bataille sera terminée le 7 février. Le flanc ainsi dégagé n’empêche plus les fascistes d’avancer et dans une dernière et 5ème phase de combat, après avoir pris toutes les hauteurs environnant la ville, y inclus Monsueto, Teruel se trouve presque complètement encerclée. La Division CAMPESINO qui tient malgré tout son encerclement est obligée d’évacuer la ville dans la matinée du 22 février.
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Thadée OPPMAN (1904-1959)

Version actuelle datée du 10 janvier 2026 à 16:10

Après la « Campagne du Nord » et la conquête de toute cette partie de l'Espagne, les forces rebelles se disposaient à entreprendre une nouvelle attaque sur Madrid. Le gouvernement républicain en ayant été informé, lance une formidable attaque sur Teruel.


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LA 2ème BATAILLE DE TERUEL – du 15 décembre 1937 au 22 févier 1938 par Thadée OPPMAN, Chef d'Etat-Major de la 35e Division aux côtés du Général WALTER pendant la bataille

Après les batailles d’été, la 35e et la 45e Divisions, composées chacune de 2 Brigades Internationales et d’une brigade espagnole, ont été retirées des lignes et affectées comme réserve générale du front d’Aragon. A partir du mois d’octobre, la 35e Division reste stationnée dans la région de Granen, au sud-ouest de Huesca, la 45e plus au nord près de Barbastro. Les brigades sont renforcées par des recrues espagnoles et par des renforts composés d’internationaux envoyés par la base d’Albacete. C’est la période de réorganisation qui doit permettre aux brigades d’augmenter leur capacité de combat. Fin octobre les Asturies, dernier renfort de résistance républicain dans le Nord, tombent sous les coups concentrés du corps expéditionnaire italien et des troupes d’élite de FRANCO. FRANCO libère ainsi 250 bataillons, une réserve importante d’artillerie et la totalité des chars italiens qu’il pourra utiliser pour une attaque décisive. On se rendra compte de l’importance des forces rendues disponibles si l’on sait que, d’après les historiens franquistes au moment de la bataille de Teruel, la totalité des bataillons dont disposaient les fascistes pour l’ensemble de leur armée étaient de 650. En se servant de ces réserves importantes, FRANCO prépare une attaque contre Madrid en se proposant de répéter l’opération par le front de Guadalajara lamentablement échouée en février. Il concentre 3 corps d’armée italiens, VARELA et YAGUE dans la région de Catalayud. C’est pour empêcher cette offensive dangereuse pour le sort de Madrid que le Commandement républicain décide de déclencher l’opération de Teruel afin d’obliger les fascistes à accepter la bataille sur un terrain choisi par lui-même. Des forces importantes fournies partiellement par l’Armée du Levant, partiellement par l’Armée de Manœuvre sont concentrées autour de Teruel sans que les fascistes s’en rendent compte.

Le 15 décembre au matin, l’offensive est déclenchée. Pour suivre le déroulement de la bataille, il est utile de décrire en quelques mots le terrain sur lequel elle va avoir lieu. Teruel est situé sur une haute colline, au confluent de 2 rivières : le rio Tura et le rio Alfambra, le rio Tura formant au nord de Teruel une vallée large d’une dizaine de kilomètres. La ville est entourée de montagnes, de hauts plateaux ; au sud-ouest, elle est dominée par le Muela de Teruel, au sud-est par le Mansueto. Une série de cerros (collines) sépare la vallée de Turia de celle d’Alfambra, notamment El Muleton, Alto de las Celadas, la Sierre Gorda, et plus au nord le Massif de Sierra Palomera. La bataille se déroulera sur ce terrain mouvementé en 5 phases successives, séparées chacune par une courte période d’accalmie.

Les Brigades Internationales, notamment la 35e Division dont font partie les XIe et XVe B.I., n’auront pris part qu’aux 2ème et 3èmephases de ces opérations, c’est-à-dire lors des contre-offensives fascistes. Elles n’auront pas participé à la partie offensive qui aboutit à la prise de la ville. C’est pourquoi dans cette courte description de la bataille nous ne donnerons qu’un aperçu succinct des opérations auxquelles les internationaux n’ont pas participé.

L’attaque contre Teruel déclenchée le 15 décembre au matin progressera rapidement. Le 19 a matin, toutes les hauteurs protégeant Teruel se trouvent entre les mains de l’Armée républicaine. Dans la plaine de Turia, les brigades venant de l’est et celles descendant du Muela de Teruel font leur jonction à Los Morrones, isolant complètement la ville, et établissant une ligne de défense passant au nord des villages de Samblas et de Caude. Simultanément, d’autres brigades entrent dans la ville où la garnison fasciste s’enferme dans les bâtiments de la Banque d’Espagne, de la Commancia Militar et du Séminaire transformés en points de résistance d’où elle se défendra pendant 18 jours, jusqu’à la capitulation qui intervient le 7 janvier quand, encerclés, les fascistes se rendent compte que la contre-offensive franquiste qui devait les libérer a complètement échoué. Le but de la manœuvre républicaine a été atteint. FRANCO abandonne son offensive contre Madrid et lance toutes ses forces de réserve sur le front de Teruel. Le Commandement républicain amène aussi des renforts.

En prévision de la bataille qu’il prépare, l’Etat-Major républicain a déplacé dès novembre la 35e Division dans la région d’Alcaniz pour la rapprocher du futur champ d’opérations. De là, pendant que la bataille à l’intérieur de la ville même continue, la 35e Division est amenée à pied d’œuvre pour prendre position sur un front allant de l’ouest de Concud jusqu’à l’Alto de las Celadas. Les conditions atmosphériques sont extrêmement difficiles. Le froid est exceptionnel, même pour cette région des hauts plateaux. Fin décembre et début janvier, presque toutes les nuits, le thermomètre descend au-dessous de -20°. Le terrain est gelé, rendant le creusement des tranchées très difficile, presque impossible. Pendant cette phase de la bataille, les brigades subiront des pertes provoquées par le froid presque aussi fortes que celles résultant des combats. Certains jours, la neige rend toutes communications impossibles et les combattants des premières lignes se trouvent isolés.

La contre-offensive fasciste que nos combattants attendent avec sérénité se déclenche rapidement. Dès leur arrivée, les premières divisions franquistes –la 84e et la 62e- sont lancées contre les positions dans la plaine de Turia. Leur attaque échoue complètement et elles se trouvent presque anéanties. Cette première tentative mal préparée ne correspondait qu’à un désir de FRANCO d’intervenir au plus tôt pour porter secours au Colonel REY d’HARCOURT enfermé dans Teruel. La vraie grande contre-offensive commencera un peu plus tard, cette fois-ci avec des forces extrêmement importantes, composées de 4 corps d’armée, dirigées pour le secteur ouest par le Général VARELA, pour le secteur est par le Général ARANDA. C’est contre l’armé ARANDA que combattront les Brigades Internationales et notamment contre les corps d’armée de Castille et de Galice. L’offensive débute le 29 décembre au matin par une attaque frontale par la plaine de Turia avec comme objectifs : déborder Teruel à l‘ouest par la Muela, à l’est par El Mansueto. A l’ouest, les fascistes progressent. Sous le tir concentré de l’artillerie fasciste et devant la supériorité des forces attaquantes en infanterie, les brigades qui défendent San Blas, après une résistance acharnée qui coûte des pertes terribles aux fascistes, commencent à reculer. Les avant-postes franquistes arrivent jusqu’’au sommet de la Muela et ne sont plus qu’à 1 km de la ville. Mais sur le front de la 35e Division, ARANDA reste stoppé. Une première avance insignifiante lui permet d’occuper Caude. La XIe Brigade Internationale défend héroïquement Concud.

Dans la journée du 29 décembre, 5 attaques consécutives, préparées chacune par un tir violent d’artillerie sont repoussées, et Concud, quoique débordée par l’ouest, tient toujours. Le lendemain, les attaques reprennent avec une nouvelle violence. Le 31, ARANDA lance de nouvelles unités dans la bataille. Après une défense acharnée, les troupes républicaines se retirent de Senblas devant la menace d’encerclement et ce village tombe dans la soirée, mais toutes les attaques contre Concud sont de nouveau repoussées par la XIe Brigade internationale. Le fait que les fascistes, dans leur hâte à dégager Teruel, ont réduit leur front d’attaque, aide puissamment le bataillon défendant Concud qui peut recevoir l’appui de feu du bataillon occupant les positions en avant des hauteurs de El Muleton. Cet échec de ARANDA sur le flanc droit empêche VARELA de continuer ses attaques. Arrivées tout près de l’objectif ses troupes sont obligées de stopper, alors que la position des républicains sur La Muela et devant les faubourgs ouest de Teruel devenait de plus en plus difficile. La première contre-offensive fasciste se trouve brisée. Au 1er janvier, les fascistes n’attaquent plus. Dans les quelques jours qui suivent, le corps de Galice entreprend encore quelques tentatives contre le flanc droit de la défense républicaine, notamment contre l’Alto de las Celadas et El Muleton, défendus par des unités des XIe et XVe Brigades Internationales. Mais le corps de Galice, fortement éprouvé, attaque mollement et n’obtient aucun résultat. Dans cette seconde phase de la bataille de Teruel, il n’est pas exagéré de dire que par leur défense de Concud, les internationaux ont largement participé à la victoire. Une période de calme s’établit sur le front mais c’est le calme avant la tempête.

FRANCO concentre tous les moyens techniques à sa disposition et il reçoit d’Allemagne et d’Italie des arrivages de matériel extrêmement puissant, surtout en aviation. Toute l’artillerie du corps expéditionnaire italien est dirigée sur le front de Teruel. L’historien fasciste de la guerre d’Espagne, AZNAR, écrit que les forces nationales ont réalisé pour cette offensive la plus forte concentration d’artillerie depuis le début de la guerre. Près de 400 avions italiens sont concentrés sur les aérodromes d’Aragon. Le commandement fasciste s’est rendu compte qu’il lui faudra élargir le front de bataille et qu’avant toute attaque par la plaine de Turia, il faut qu’il s’assure de la domination des hauteurs séparant la vallée de Turia du rio Alfambra. C’est contre ce secteur, tenu par la 35e Division, que se déchainera toute la puissance des réserves fascistes. Un corps d’armée, appuyé par l’artillerie et l’aviation italienne, sera lancé contre ces positions occupées par la 35e Division, c’est-à-dire 3 brigades dont 3 internationales et la 32e brigade espagnole, appuyés par un seul groupement d’artillerie. Pendant cette 3e phase d’opération, le temps est beau, ce qui permet aux fascistes d’utiliser au maximum leur aviation qui rend impossible toute communication entre les bataillons engagés en première ligne et l’arrière, coupant toute circulation sur les routes et soumet les positions des brigades au pilonnage intense. Dès la première journée, le succès de l’attaque fasciste est manifeste. L’Alto de les Celadas est enlevé, mais la position clé –la montagne d’El Muleton-, tient toujours et tiendra encore la 2ème journée. Le 3ème jour de l’attaque les fascistes arrivent à contourner El Muleton par le sud-est et occupent la station de chemin de fer de Ojos Negros. Plus au nord, leurs avant-gardes descendent des hauteurs jusqu’à la vallée d’Alfambra qui n’est plus protégée que par de petites hauteurs dominant la route qui longe l’Alfambra par la rive droite. Mais c’est seulement le 4ème jour que le bataillon de la XIe Brigade qui défend El Muleton est obligé de l’évacuer, menacé d’encerclement et devant la violence des attaques venant du sud-ouest exécutées par des forces plusieurs fois supérieures. Dans la soirée du 4ème jour, la 35e Division est rejetée sur les hauteurs dominant l’Alfambra à l’est et les avant-gardes fascistes commencent à traverser la rivière, occupant le village de Tortejada où, à peine quelques heures plus tôt, se trouvait encore le poste de commandement de la 35e Division. Les pertes que la Division a subi pendant les 2 contre-offensives franquistes sont fortes, car elle a eu à soutenir des combats contre un matériel puissant et des masses d’hommes plusieurs fois supérieures, ne disposant que de ses propres moyens sans appui d’autre artillerie que l’artillerie divisionnaire, et sans être protégée par l’aviation républicaine, impuissante devant l’accumulation de l’aviation italienne. Le commandement républicain se rend compte de l’épuisement des Brigades internationales qui ont participé à la bataille, et malgré le sérieux de la situation, décide de les relever. Pour la 35e Division, c’est-à-dire les XIe et XVe Brigades internationales, la participation à la bataille de Teruel est terminée. Elles sont repliées au-delà de Corbalan et dirigées ensuite sur la station de Puerto de Escanden, d’où elles s’embarqueront pour une nouvelle destination, dans la région de Hijar, où elles seront rejointes par la XIIIe Brigade composée de Polonais.

On connaît l’issue de la bataille. Dans une 4ème phase, avec 4 corps d’armée fascistes car le corps marocain du Général YAGUE et le corps MONASTERIO seront venus renforcer le dispositif fasciste, FRANCO réussit à enlever la sierra Palomera et aligne le front tout le long du rio Alfambra jusqu’à Perales et au-delà jusqu’à Vivel del Rio.

Cette phase de la bataille sera terminée le 7 février. Le flanc ainsi dégagé n’empêche plus les fascistes d’avancer et dans une dernière et 5ème phase de combat, après avoir pris toutes les hauteurs environnant la ville, y inclus Monsueto, Teruel se trouve presque complètement encerclée. La Division CAMPESINO qui tient malgré tout son encerclement est obligée d’évacuer la ville dans la matinée du 22 février.

Thadée OPPMAN (1904-1959)