ROL Théophile
Théophile Rol est né le 6 janvier 1912 à Orléans.
Après avoir suivi les cours de l’enseignement secondaire, il a fait trois ans d’apprentissage à l’école des Chantiers de la Loire. Il a travaillé ensuite comme ouvrier ajusteur aux Chantiers de la Loire, qui à l’époque employaient 1.500 ouvriers, et ensuite aux Forges de Basse Indre (Loire-Inférieure) dont les effectifs étaient de 2.000 ouvriers.
Volontaire, il s'est vu affecté au 5e Régiment du Génie de Versailles comme sapeur des chemins de fer, d’avril 1934 à avril 1936. Il sera caporal puis caporal-chef.
Après son service militaire, il a travaillé à l’entreprise Olida d’Epinay qui employait environ 200 ouvriers. Il gagnait à peu près 60 francs par jour. Il a adhéré à la CGT le 1er juin 1936 puis est devenu secrétaire-adjoint de la section syndicale. Il a participé aux grandes grèves de 1936.
Le 20 juin 1936, il a adhéré à la cellule PCF de son entreprise et est devenu membre du Comité de Rayon.
Il a commencé à s’intéresser au mouvement ouvrier « depuis 1928, influencé par l’ambiance des usines, la fréquentation des autres ouvriers et surtout la lecture de L’Humanité. » Il lisait également La Correspondance Internationale, Frente Rojo et de nombreuses brochures ainsi que le Manifeste du Parti Communiste.
Sportif, il a fait partie de nombreux clubs sportifs : Sport Nantais, A.S. Nantaise, U.S. Olida et jouait comme joueur de rugby au Red Star Olympique depuis 1927.
Célibataire, il demeurait 59, rue de Paris à Epinay-sur-Seine (Seine).
L’Espagne
Il passe la frontière le 31 octobre 1936 dans un convoi de volontaires organisé par le PCF. Ce convoi parti en train de Paris poursuit sa route, de Perpignan à Figueras, en car. Il va en Espagne « pour lutter contre le fascisme ».
- La 12e BI
Il est affecté au bataillon Dombrowski de la 12e BI et va participer avec ce bataillon à la Bataille de Madrid (Cerro de los Angeles, Ciudad Universitaria). Le 9 décembre 1937, il est nommé sergent. En janvier 1937, il participe aux combats d’Algora et de Siguënza sur le front de Guadalajara (décembre 1936 – janvier 37) puis à ceux de Las Rozas (Défense de Madrid). En février, le bataillon est engagé sur le front du Jarama.
Lors de la deuxième bataille de Guadalajara (mars 1937), le 12 mars 1937, il a les pieds gelés et va, en convalescence, à l’hôpital d’Elche (Alicante) en mai 1937. Il y adhérera aux Amis de l'Union Soviétique.
- La 14e BI
Après être passé par l'école d'officiers de Pozo Rubio, il est affecté en août 1937 à la I4e BI.
Il sera nommé lieutenant le 19 août 1937 et capitaine le 19 avril 1938.
Lorsqu'il est nommé commandant de la Compagnie de Mitrailleuses du 4e bataillon, Guéhenneux, commissaire politique de ce Bataillon, fait un rapport très élogieux :
« Camarade courageux et énergique, a fait un grand travail, a fait de sa Cie la meilleure de la brigade, a toujours appliqué les ordres reçus et beaucoup d’initiative.
A fait un bon travail politique a su créer l’émulation et la bonne camaraderie au sein de sa Cie ; Travail culturel, politique et moral a fait un grand travail, a créer un journal pour sa Cie.
Son défaut est trop temeraire et a eu plusieurs critiques sur son imprudence dans différents combats. »
Blessé à Caspe par un éclat d'obus d'une préparation d'artillerie ennemie, il est hospitalisé à Murcie. Il devient commandant du Bataillon Commune de Paris le 27 juillet 1938. Il disparaîtra lors de la Bataille de l’Ebre dans les opérations de Corbera le 23 septembre 1938 avec son adjoint Paul Gianesini. Une note manuscrite, non signée indique : « Supposons qu’il fut blessé et fait prisonnier devant la côte 477- s’est conduit avec héroïsme au feu. »
Ivan Dinah, commandant du 4e bataillon, lui rend hommage dans El Voluntario de la Libertad – éd. Française – n° 52 – 30/10/1938 :
A notre cher camarade Rol. A la liste déjà longue de camarades tombés dans la lutte antifasciste, il faut ajouter le nom de ROL, commandant du Bataillon Commune de Paris. Volontaire de la première heure, chef de section au bataillon Dombrovsky, il ne vint à la 14e Brigade qu’en novembre 1937 après un stage à l’école d’officiers de Pozo-Rubio. Commandant de la compagnie de mitrailleuses, il réalisa un travail extraordinaire, instruisant cadres et soldats, et formant de sa compagnie une unité d’élite disciplinée, animée du plus grand esprit combatif. D’une activité folle, parcourant sans cesse les lignes, contrôlant tout, se souciant toujours du bien-être de ses hommes, il sut s’attirer toute leur confiance et toute leur estime. Il était réputé pour sa grande bravoure, son sang-froid dans les circonstances difficiles. Blessé à son poste à Caspe, il rejoint sa compagnie bien avant d’être guéri. A la suite de la disparition du camarade Cazala le 25 juillet, il fut nommé commandant du 1er bataillon. C’était une lourde tâche d’être à la tête de ce glorieux bataillon Commune de Paris à la suite des Dumont, Sagnier, Oussidoum, Cazala. Il se mit au travail avec plus d’ardeur et d’enthousiasme que jamais, et lorsque au début de septembre, la Brigade passa l’Ebre pour renforcer le 13e corps, le glorieux Commune de Paris une fois de plus était prêt à affronter l’ennemi. Contre-attaquant les premiers jours avec la 12e Brigade, installé défensivement par la suite, le bataillon eut la plus brillante activité. Accrochés au terrain, malgré les bombardements d’aviation, malgré les tirs d’artillerie, malgré les rafales de mitraille et les mortiers, ROL et son bataillon appliquaient le mot d’ordre du Dr Negrin : « Résister ! Résister ! ». Il est tombé quelques moments avant la grande relève des Internationaux après deux années de luttes héroïques. Son souvenir renforcera notre énergie et notre haine du fascisme. Son grand exemple sera pour nous une force. Obligés de rentrer en France, nous continuerons avec plus d’acharnement que jamais la lutte pour venger, avec ROL, tous nos camarades qui dorment sur la terre ensanglantée d’Espagne aux côtés des héroïques fils du peuple espagnol. »
Henri ROL-TANGUY (voir la biographie de ce brigadiste) confiait à Roger Bourderon dans un entretien : « C’est en hommage à ce militant qu’en 1944, j’ai choisi mon dernier pseudonyme de la clandestinité. » (p 116, Rol-Tanguy)
Sources
RGASPI (Moscou ; F 545. Op. 6. D. 1380)
Bourderon, Roger, Rol-Tanguy, Ed. Tallandier, Paris, 2004