BOURSIER Emile
Émile Boursier est né le 31 octobre 1909 à Signevarine commune de Commentry (Allier). Il était le fils de Jean Boursier, ouvrier d’usine (contremaître aux fonderies), selon Émile, il était probablement socialiste, et d'Adèle Chabot sans profession. Après des études primaires, il apprit différents métiers : mécanicien, chauffeur et imprimeur. En 1926, il adhéra aux Jeunesses Communistes à Audincourt (Doubs) puis s’engagea pour 5 années dans la marine dans le corps des fusiliers marins à Toulon. Démobilisé en 1932, il adhéra au PCF à Lyon (Rhône), puis à la CGT section bâtiment, ce qui induit qu'Émile Boursier a dû travailler dans le bâtiment à cette période. Il adhéra également au Secours Rouge International.
Le 8 février de cette année-là, il épousait Henriette Ménage à Pamiers (Ariège).
Durant les grèves de juin 1936, alors qu’il travaillait à Marseille, il assura le rôle de délégué de chantier. Son engagement politique le mena à assumer la fonction de secrétaire de cellule, la dernière étant celle du Canet centre à Marseille. Lecteur de ‘’L'Humanité’’, ‘’Rouge Midi’’, ’’Front rouge’’ et de ‘’La Voix du peuple’’, il s'intéressa plus particulièrement aux questions de politique internationale.
Avant son départ comme volontaire en Espagne républicaine, il était séparé de son épouse depuis 3 ans, avait un enfant, avait quitté son emploi de rotativiste dans une imprimerie à Lyon, et résidait à Marseille. Dans sa biographie militante, il indique que son ex-épouse et sa belle-famille étaient de droite.
L'Espagne
Emile Boursier part de Marseille le 15 octobre 1936 « avec l’autorisation de la CGT », et arrive par voie maritime à Valence, « pour défendre notre cause », le 29.
Il va faire 24 mois de front avec le même bataillon, appelé Franco-Belge à sa création en novembre 1936 dans la 12e BI et qui devient le bataillon André Marty en décembre 1937 puis qui rejoint la 14e BI le même mois.
En septembre 1937, il adhère au PCE ainsi qu’au SRI Solidarité à Samper de Calanda. Durant 24 mois de front, où il participe, en première ligne, à tous les combats du bataillon, il ne bénéficie d'aucune permission. Blessé 4 fois : à Algora, 2 fois à Casa de Campo (Défense de Madrid) et à Brunete. N'ayant que des blessures au dos, à la jambe et à la main sans gravité, il n’est pas hospitalisé.
Incorporé à son arrivée comme simple soldat, il obtient le grade de sergent, puis de lieutenant (janvier 1937), de capitaine (février 1937) puis de commandant de Bataillon en mars 1937. Enfin, il est nommé chef du 3e Bataillon André Marty de la 14BI. Dans la biographie militante qu’il complète le 22 août 1938, à l'endroit de sa signature et à l'emplacement du lieu, il indique « front de la Liberté ». Sur ce document, à la question « Qu'as-tu appris dans le domaine politique et militaire », il répond : La principale leçon est celle de l'unité des classes, et mon principal travail dans mon pays sera pour l'unité (souligné deux fois). Pour la question militaire, je savais très peu, mais ai beaucoup appris ici, et me sens apte à remplir des fonctions de chef à la première occasion, dans mon pays ou ailleurs ».
Un rapport signé Maniou (commissaire politique du bataillon André Marty) daté du 22 août 1938 le qualifie en ces termes :
« BOURSIER Emile commandant du 3e Bataillon de la XIV Brigade En Espagne depuis début octobre 1936 a participé à tous les fronts que le bataillon a fait, c'est à dire à 25, environ. A été blessé 3 fois sans faire un jour d’hôpital. C'est le plus vieux commandant actuel des brigades ayant un état de service aussi chargé. Est parti de soldat pour arriver par tous les échelons à commandant de bataillon. A commandé par intérim pendant 1 mois la brigade comme son bataillon depuis le mois de mars 1937. Camarade courageux, discipliné, honnête, très énergique. A des qualités militaires d'ordre pratique et de très bonnes initiatives, mais présente des insuffisances au point de vue théorique. Est un véritable commandant de guérilleros. Officier d'un enthousiasme inégalable et d'un moral excellent, n’éprouvant jamais de défaillances. A conservé ses coutumes du début de la guerre d'Espagne, c'est à dire l'esprit d'individualisme de l’unité et ne comprend pas toute l'importance d'une véritable armée. Aime un peu à faire comme il veut. Il est un homme pour les situations très difficiles et même dangereuses. Camarade d'une confiance absolue mais n'a aucune éducation politique, ne lit que très peu et ne comprend pas du tout la politique. Est très aimé de ses hommes pour sa franchise et son caractère prolétaire 100%. Du point de vue du parti, du fait de la faiblesse de son éducation politique ne comprend rien aux problèmes politiques, mais sa discipline et sa foi en le PC suffisent pour le guider dans la lutte qu'il mène. A besoin à ses cotés d'un commissaire de valeur, ayant de l’autorité sur lui car il manque absolument de souplesse et il se produit des incompréhensions de la part de certains officiers envers qui il est très juste, mais envers lesquels il a [un] manque de diplomatie. Par exemple un de ses meilleurs officiers de son bataillon a été dernièrement relevé de ses fonctions parce qu'il était devenu un peu fou et ne rendait plus ce qu'il devait rendre, et sa relève a été effectué avec aussi peu de tact que cet officier est persuadé et raconte a tout le monde que BOURSIER a commis une injustice à son égard. Comme conclusion, BOURSIER est un communiste sans éducation politique, mais un homme sur qui le parti peut compter pour des missions de grandes importances, missions périlleuses, dangereuses et de toute confiance. Ne peut faire aucun travail de masse, mais est capable d’être un entraîneur d'hommes par une action immédiate et énergique. Ne progresse plus et n'a aucun espoir de progresser. Tempérament révolté, révolutionnaire dans le sang ».
Le retour
Emile Boursier est rapatrié le 18 novembre 1938 suite au Retrait des Brigades Internationales et demande à être dirigé sur Lyon où il a un cousin. Il divorce en 1940 et épouse Josefa Boix à Villeurbanne le 12 juin 1941 qu’il a rencontrée en Espagne.
La résistance
Il rejoint la Résistance et prend part : à l'attaque de 2 trains blindés près d'Ambérieu (Ain), au désarmement d'un groupe d'Allemands (restaurant Bouvard), à l'attaque d'un hôpital avec 22 maquisards pour libérer 42 blessés qui ont été transportés dans un maquis de l'Iseran. Son nom figure sur la liste des résistantes et résistants, non homologué, dossier administratif référencé GR 16 P 83577, publiée par le Service Historique du Ministère de la Défense.
L’Espagne au cœur
Emile Boursier était adhérent de l'AVER de la région Lyonnaise.
Après la guerre, il vécut à Villeurbanne et Montluçon, travaillant à l’Usine Dunlop, étant membre de la CGT et du parti communiste.
Il décède le 22 janvier 1969 à Domérat (Allier).
Sources
Archives AVER (MRN de Champigny sur Marne carton n° 17) - RGASPI (Moscou, F. 545. Op.6. D.1094) - Service Historique du Ministère de la Défense - Archives Départementales du Rhône, cote 4 E 19411 - Archives départementales de L'Allier, cote 2 E 7464, acte de naissance 133 du 1er novembre 1909 - Maitron article 17638. [[Catégorie: 14eBI]