REBIERE Philippe Edouard dit Pierre

De Encyclopédie : Brigades Internationales,volontaires français et immigrés en Espagne (1936-1939)
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Philippe Edouard Rebière est né le 20 février 1909 à Villac (Dordogne), d’un père forgeron et d’une mère au foyer. Celle-ci, très pieuse, voulait que son fils exerce la prêtrise.

Pierre Rebière
En Espagne, avant son rapatriement

Après avoir suivi les cours de l’école communale, il commence à travailler avec son père à la forge. Il fait le Tour de France et devient compagnon du Devoir à Tours. Il abandonne les Compagnons car il a l’impression d’être dans « une secte » et « le mirage de l’usine » l’attire. Il débute en 1929 comme ferreur chez Citroën où il gagne 6 francs 20 de l'heure. Il est licencié après avoir fait la grève du 1er août 1929. Il entre ensuite chez Renault comme ouvrier spécialisé tôlier et gagne 6 francs 50 (de l’heure). Il y restera jusqu’à son départ pour le service militaire qu’il effectuera à Angoulême sans trop s’y investir. Il regrettera ce manque d’intérêt en Espagne : « J’ai regretté de ne pas en connaître davantage en stratégie militaire. »


Démobilisé, il part travailler à l’usine Joyaux de Talence où il gagne 4 frs 10 de l’heure. Il est licencié pour insoumission. Après divers emplois, il retourne à Paris en janvier 1933 où il trouve une place comme ferreur, mais en juin nouveau licenciement. Après une période de chômage, en janvier 1934, il est réembauché chez Renault à l’usine O, atelier 227. C’est là qu’il va se syndiquer et adhérer le 7 mai 1934 à la cellule « Renault » du PCF. Il devient membre du Comité des usines Renault. Au mois de décembre 1934, il est licencié pour son activisme. Dès lors, toutes les portes d’usine se ferment, il ne trouve plus de travail. Il crée un comité de chômeurs dans le 16e, milite au Comité de Chômeurs de la Région parisienne. Il milite au sein du « rayon » du 16e du PCF, suit une « Ecole Régionale » de 15 jours. Ce n’est que fin décembre 1935, la Fédération des Locataires de la Région Parisienne lui proposant un emploi de « conseiller-propagandiste », au salaire de 1.350 francs, qu’il retrouve du travail. Il y restera jusqu’à son départ pour l’Espagne.


L’Espagne

Il embarque le 10 octobre 1936, à Marseille, sur le « Ciudad de Barcelona » qui atteint Alicante le 13. Ce premier grand convoi de volontaires arrive à Albacete, base des BI, le 14.

Il est intégré à la première Brigade internationale en cours de constitution (la 11e ) au sein du 9e Bataillon (le futur «Commune de Paris »). Le Bataillon va s’établir à La Roda pour y suivre une période d’instruction militaire. Il est nommé commissaire politique du Bataillon.

Il fait partie de la délégation du 17 octobre des BI qui doit rencontrer les autorités espagnoles pour les mettre à leur disposition.

Cette période d’instruction est brève car, début novembre, la 11e BI, reçoit l’ordre d’aller défendre Madrid, menacée par l’avance des troupes rebelles. Il participe aux différents combats.

La première offensive sur Madrid repoussée, il prend part aux combats de la route de la Corogne. Alfred Kantorowicz, dans son journal madrilène « No pasaran ! », devant les pertes énormes de la 11e BI, décrit son attitude le soir du 8 janvier 1937 : « Ribière, le gavroche, toujours joyeux, toujours farceur, crâne comme pas un, parfait camarade, Ribière se jeta sur une chaise, prit sa figure entre ses mains et se mit à hurler. »

En février 1937, il est grièvement blessé lors de la bataille du Jarama. Hospitalisé, il est rapatrié en France en mars/ avril 37. Là, il va poursuivre le combat, en s’occupant du recrutement de volontaires et en recevant ceux qui rentrent d’Espagne.

Il devient l’un des responsables du Comité International d’Aide au Peuple Espagnol (CIAPE). Il participe à la création de l’Amicale des Volontaires en Espagne Républicaine (AVER) dont il devient le secrétaire.

En décembre 1937, il est élu membre suppléant au CC du PCF.

En février 1938, naît son fils Pierre, dont il va s’occuper tout seul, car sa mère ne voulait pas le garder..

Pierre Rebière, auteur d’un texte « Sur le bataillon « Commune de Paris » ?

Dans les archives du RGASPI (BDIC, Mfm, 545. 3. 401) figure un long texte d’une centaine de pages sur l’histoire du Bataillon Commune de Paris.

L’auteur est anonyme, mais de nombreux faits (métier « forgeron », date de départ, voyage sur le Ciudad de Barcelone, date de la blessure, …) peuvent nous permettre d’attribuer à Pierre Rebière ce récit.

Il raconte la fameuse entrevue, pas très protocolaire, avec Largo Caballero :

« La Réception

Enfin le 17.10.36, la Délégation apprend qu’ils pourront se présenter au Ministère, car Mije, du Comité Central les fera introduire un peu par force et beaucoup par ruse auprès de Largo Caballero.

Ils se rendent au Ministère où aprrès un bon moment d’attente et de démarches, ils sont introduits dans le Bureau Ministériel.

Largo Caballero vient à la rencontre de la délégation conduite par Carlos, ce qui laisse présager un bon accueil, mais une déception est si vite arrivée…

Une personnalité assise au Bureau du Ministère avait l’air fâché contre les dérangeurs qu’ils étaient pour elle et Largo Caballero avait l’air de leur accorder un instant d’entretien entre deux points de la discussion qu’il avait avec celui qui les devançait et dont l’importance était plus grande ;

Il les reçu debout dans l’entrée puisqu’il s’était avancé vers eux et la conversation, après les conversations, commença à la même place.

Gallo expliqua les motifs et les buts de notre formation internationale et mit celle-ci au Service de la République Espagnole et de son Ministère de Guerre. Largo Caballero les remercia et posa quelques questions. « Avez-vous des armes ? »

Bien que pas sûr du tout, car à Barcelone ce qui devait permettre d’équiper la première Brigade avait disparu. Gallo répondit u « naturellement » très assuré. Caballero demande encore quelle serait notre genre d’organisation : Armée française. Colonne espagnole ?

Gallo répond qu’il serait formé de bataillons et qu’il n’y aurait qu’un commandement unique, que les combattants formeront un vaste front populaire. Qu’en France on ravitaillerait les combattants et Gallo « tâte » le chef socialiste en soulignant que ce ne sera pas le Gouvernement Français, mais les organisations antifascistes qui feraient cela.

Alors Largo Caballero expliqua qu’il n’avait jamais été d’accord dans les Congrès internationaux avec L. Blum. On dirait qu’il veut faire croire que l’infâme blocus vient de la mésentente entre le chef socialiste français qui a présenté une plaidoirie qui fait le jeu des fascistes, et le chef socialiste espagnol.

Puis toujours débout et visiblement ennuyé que l’entretien dure depuis plus de cinq minutes, Largo Caballero dit en substance : C’est très bien de venir nous aider et ainsi vous défendre vous-mêmes. Puisque vous voulez vous battre le Gouvernement espagnol accepte votre collaboration étant bien entendu que vous avez les armes< ; vous aurez dix pesetas par jour, comme nos miliciens … et il poussa gentiment vers la porte cette délégation dans laquelle il y avait, il le pensait, trop de communistes. Après avoir passé l’antichambre ou attendaient, parlaient ou …complotaient des gradés et des gens très nombreux, Carlos éclata de rire et dit : Bon, ça va …l’essentiel est atteint, o, pourra former cette Brigade, elle « montera »…

En arrivant calle Lista au 5°. Régiment on les congratula pour ce succès … C’est que les camarades du 5°. Régiment n’étaient pas très sûrs que la démarche aboutisse … »

La Résistance

L’expérience du feu acquise en Espagne lui sera précieuse. Il va être un membre du comité militaire de l’Organisation Spéciale (OS) du PCF. A sa démobilisation, il organise à Paris et dans son sud-ouest natal les premières unités de résistance à l’invasion.

Le 21 octobre 1941, aidé par des camarades espagnols exilés, il abat un officier supérieur allemand, en plein jour, à Bordeaux. En décembre 1941, il est arrêté et torturé par les brigades spéciales, puis remis aux autorités allemandes. Emprisonné à la prison de la Santé (Paris), il est condamné à mort par un tribunal allemand siégeant à l’Hôtel Continental.

Il sera fusillé le 5 octobre 1942 à Balard. Il avait 33 ans.

Son nom a été donné à une place de son village natal et à deux rues, l'une dans le 17e arrondissement de Paris, l'autre à Garges-les-Gonesse. Une plaque est apposée au 59, rue Lagache dans le 16e (« A Pierre Rebière, enfant du 16e arrondissement… » !!!).



Sources

Alfred Kantorowicz, extrait de « No pasaran ! », Commune, N° 46, juin 1937, p. 1202-3.

Pierre Rebière, notes.

RGASPI (Moscou).